RDC-Interdiction aux embarcations en bois de naviguer sur le fleuve Congo: « Un arrêté précipité aux conséquences lourdes » (Tribune d’Eric Noël Izampoy/Notable de la province du Mai-Ndombe)

La récente décision du Vice-premier Ministre du Transport et Voies de communication d’interdire aux embarcations en bois de naviguer sur les voies fluviales mérite une analyse critique.

Si l’objectif affiché est de réduire les naufrages et d’améliorer la sécurité, la mesure paraît hâtive, incomplète et déconnectée des réalités socio-économiques des provinces où le transport fluvial demeure vital.

Une décision à fort impact socio-économique au détriment des populations:

Comme le Gouvernement le sait très bien, dans de nombreuses régions, les embarcations en bois constituent le principal moyen de transport des personnes et des marchandises. Leur interdiction soudaine risque non seulement d’isoler des communautés entières, mais aussi de freiner le commerce local et d’aggraver la pauvreté. La déficience de cette mesure des Autorités étatiques, c’est qu’elle est vide de toute autre alternative. Le gouvernement n’a pas mis en place de politique de remplacement par des embarcations métalliques, qui sont par ailleurs plus coûteuses et moins accessibles pour les populations rurales. Ce qui revient à dire que l’arrêté du ministériel crée, par conséquent, un vide, sans solution concrète.

Dans le fonctionnement de toute Nation, l’aspect économique renferme un enjeu plus que vital.

Routes impraticables :

Dans plusieurs provinces, les routes sont en mauvais état, souvent impraticables en saison des pluies. Le fleuve et ses affluents deviennent alors la seule voie de communication fiable.
C’est également grâce à eux que la desserte agricole est de mise. Les embarcations en bois assurent le transport des produits agricoles vers Kinshasa, capitale du pays et principal marché de consommation. Leur interdiction, pour ainsi dire, menace directement l’approvisionnement en vivres, avec un risque de flambée des prix et d’insécurité alimentaire.

L’autre revers de la médaille est que le commerce local et national sera pénalisé. Les petits producteurs, qui n’ont pas les moyens d’acquérir des bateaux métalliques, verront leurs récoltes bloquées dans les villages, entraînant des pertes économiques massives et une baisse de revenus.

Eu égard à tout ce qui est dit supra, il n’est pas faux d’affirmer que la sécurité ne passe pas uniquement par l’interdiction. L’état boiseux de ces embarcations n’est pas la principale cause des naufrades. C’est plutôt la surcharge des marchandises et des passagers à bord.

Prévention des surcharges :

Étant donné que les naufrages sont souvent liés à la surcharge des bateaux, des mesures de contrôle strictes, des inspections régulières et des sanctions dissuasives seraient plus efficaces que l’interdiction pure et simple.
L’interdiction de la navigation nocturne, par exemple, serait l’un des facteurs à même de baisser le taux de naufrages. Il est facile de constater que la majorité des accidents surviennent la nuit, faute de visibilité et de surveillance. Réguler les horaires de navigation renforcerait la sécurité sans priver les populations de leur principal moyen de déplacement.

Formation et encadrement :

Investir dans la formation des conducteurs et instaurer les règles de sécurité obligatoires permettraient de réduire considérablement les risques.
La solution aux naufrages répétés ne réside forcément pas dans une interdiction brutale, mais dans une politique intégrée de sécurité fluviale.
Cela suppose un plan progressif de transition vers des embarcations plus sûres, notamment par des subventions ou crédits en vue de l’acquisition de bateaux métalliques
Ce qui fera qu’avant leur usage, l’État puisse recourir aussi bien au renforcement des contrôles qu’à la sensibilisation des usagers.

En conclusion, l’arrêté ministériel, tel que pris dans la précipitation, risquerait de fragiliser davantage les populations déjà vulnérables et de compromettre l’approvisionnement de Kinshasa en produits agricoles. Une approche pragmatique et inclusive axée sur la prévention et l’accompagnement serait non seulement plus juste mais aussi et surtout plus efficace pour garantir la sécurité et préserver l’équilibre économique du pays.

Eric Noël Izampoy/Notable du Maï-Ndombe

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