Réminiscence-Sénégal : Tout le scénario du transfert du pouvoir entre le Président Senghor et son Premier Ministre Abdou Diouf

On est au mois de janvier 1980, le Président Léopold Sédar SENGHOR charge son chef du protocole de convoquer en urgence le Premier ministre Abdou DIOUF pour une rencontre qu’il qualifie de « primordiale ».

Connu pour sa discrétion légendaire, Abdou DIOUF écoute attentivement lorsque le Président SENGHOR lui confie son intention de quitter le pouvoir afin de se consacrer à sa carrière littéraire.

À partir de cet instant, SENGHOR décide de transférer progressivement les dossiers les plus importants de la présidence vers la primature, question de permettre à son Premier ministre d’avoir une vision plus large de la gestion de l’État.

Le chef de l’État lui précise également que personne n’est encore au courant de cette décision, pas même ses plus proches conseillers.

Fidèle à sa réputation d’homme réservé et discipliné, Abdou DIOUF gardera ce secret pendant une année entière, sans même en parler à son épouse.

Après cet entretien au palais de la République, les collaborateurs du Premier ministre remarquent un changement dans son attitude : il devient plus rigoureux, plus occupé et contrôle désormais avec beaucoup de prudence son alimentation et son emploi du temps.

Cette nouvelle posture finit aussi par inquiéter son épouse. Un soir, au cours d’un dîner, elle lui fait remarquer : « Ces derniers temps, je te trouve très préoccupé. Tu sembles porter l’avenir du pays sur tes épaules. Tu as l’air encore plus soucieux que le chef de l’État lui-même. »

Abdou DIOUF de lui répondre alors avec un sourire éclair:
« Ce poste de Premier ministre n’existait pas auparavant. Le Président l’a créé pour me le confier. Chaque fois que je mesure l’ampleur de la confiance qu’il place en moi, j’ai envie de travailler davantage pour alléger sa tâche. »

En véritable homme d’État, il continuera à garder le secret avec une grande discipline.

Le 15 décembre 1980, le Président SENGHOR l’invite à un déjeuner privé au palais et lui annonce : « Prépare-moi un discours de démission. Je compte le rendre public le 31 décembre. »

Surpris, Abdou DIOUF lui répond : «Ce n’est pas ce que nous avions convenu. Vous m’aviez demandé de me préparer progressivement. Je ne pensais pas que ce serait maintenant. »

Le Président SENGHOR rétorque alors :
« Tu as eu une année entière pour te préparer. J’ai transféré les dossiers essentiels de la présidence à la primature et mis le Secrétaire général de la Présidence à ta disposition pour t’assister sur les dossiers stratégiques. N’était-ce pas là le signe d’une démission imminente ? »

Le 31 décembre 1980, alors que les Sénégalais s’attendaient à un traditionnel discours de fin d’année, le Président Léopold Sédar SENGHOR crée la surprise en annonçant officiellement sa démission de la tête du Sénégal.

Cette décision historique surprend non seulement le Sénégal, mais également toute l’Afrique et une grande partie du monde, tant les démissions volontaires de chefs d’État étaient rares à cette époque.

C’est cet acte de haute portée qui est le berceau même de la démocratie au Sénégal. Abdou DIOUF l’aura perpétué jusqu’à faire une alternance pacifique avec son opposant le plus farouche, Abdoulaye Wade. Ce dernier cèdera le pouvoir à son ancien fils idéologique devenu son opposant, Macky Sall. Ce dernier transférera à son tour le pouvoir à son opposant, Bassirou Diomaye Faye, mais aussi va donner le nom de son prédécesseur à un stade moderne construit durant son mandat.

Quoi que l’on dise, le pays de la Teranga reste un modèle de démocratie en Afrique et c’est lui qui applique réellement la maxime qui stipule : « Si ce poste était éternel à votre prédécesseur, il ne serait pas arrivé à vous. »

Ghislain Boba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *