RDC-Mémoire d’histoire : 25 ans après, qui avait tué le Commandant Anselme Masasu et pourquoi?

25 années se sont écoulées depuis que disparaissait Anselme Masasu Nindaga, dit « Toto ». C’était le 24 novembre 2000. Il était alors âgé de 31 ans. Né à Bukavu en avril 1969, Masasu était le deuxième fils d’Augustin Nindaga Bambaga et de Consolata Mukuzo. Son adolescence à Uvira, où son père était nommé premier préfet d’études noir au Collège catholique Stella Maris, a jeté les bases de sa détermination future.

Quelles sont les circonstances de la mort de Masasu?

Un témoignage de l’écrivain et chercheur congolais, Benjamin Babunga Watuna, nous met sur une piste rassurante quant à connaître les tenants et les aboutissant de la mort de l’un des artisans du pouvoir de l’AFDL. Voici ci-dessous son récit :

« Pour nous, enfants d’Uvira, d’où est partie l’Alliance des Forces Démocratique pour la Libération (AFDCL, ce mouvement qui, en 8 mois, a fait tomber le régime Mobutu), le nom de Masasu Nindaga demeure gravé dans nos souvenirs comme une véritable icône. À nos yeux, il incarnait une forme rare d’audace et de bravoure, à seulement 28 ans. »

Et de poursuivre :
« Afande Toto était à la tête du Mouvement Révolutionnaire pour la Libération du Zaïre (MRLZ), un des 4 mouvements constitutifs de l’AFDL (avec le PRP de Laurent-Désiré Kabila), le CNRD de Kisase Ngandu et l’ADP de Déogratias Bugera). A la prise de Kinshasa en mai 1997, Laurent Désiré Kabila fera de lui son Conseiller militaire, avant de l’envoyer en prison. »

« Jean-Jacques Nindaga, mon camarade de classe et jeune frère de la victime, m’avait un jour confié le récit glaçant des circonstances dans lesquelles son aîné fut arraché à son foyer et conduit vers ceux qui allaient devenir ses geôliers. Ce jour-là, il quitta sa maison pour ne plus jamais y revenir », a raconté Benjamin Babunga Watuna.

« Le jour de son arrestation (30 octobre 2000), Masasu avait passé toute la journée à la maison, regardant la télé et jouant avec ses enfants. C’est en début de soirée, vers 19h30, que son téléphone sonne. A l’autre bout du fil, le colonel Tim Mukunto (qui est alors président de la tristement célèbre Cour d’Ordre Militaire, COM; et qui était, jusqu’à son décès en janvier 2021, Auditeur général des Forces armées de la République démocratiques du Congo). Mukunto demande à Masasu s’il est chez lui, afin qu’il passe le voir », enchaîne l’écrivain.

« A son arrivée dans le domicile de Masasu (à La Gombe, sur Avenue Uvira), il est accueilli amicalement par Maman Angélique (la jeune épouse du Commandant Masasu). Un bref entretien s’engage entre les deux hommes, puis Masasu fait un petit geste d’au revoir à sa famille, affirmant qu’il rentre dans peu de temps. Il s’engouffre dans la grosse limousine de son ami, qui se dirige alors au Bureau du président de la Cour d’Ordre Militaire (COM), qui était non loin du Rond-point Socimat (à La Gombe). On aurait dit à Masasu que le Président Laurent-Désiré Kabila tenait à le rencontrer, en vue de sa réintégration au sein des Forces Armées Congolaises (FAC). Pour rappel, Masasu avait d’abord été arrêté une première fois en 1999, puis conduit en prison à Buluwo (Katanga), avant qu’il ne soit relaxé et qu’il ne rentre chez lui à Kinshasa où il était resté…. sans fonction », révèle le natif d’Uvira.

« Quelques temps après, le colonel Eddy Kapend les aurait rejoints à cet endroit, avant qu’il ne propose à Mukunto et Masasu d’aller poursuivre la discussion au petit restaurant « Le Macquis », non loin du Bureau de la Cour d’Ordre Militaire. Sur place, Kapend va dévoiler à Masasu les vœux du Président LD Kabila qui souhaite que le jeune Commandant sorte finalement de son repos pour se consacrer à la bataille que les FAC mènent contre les rebelles du RCD du côté de Pweto. En fait, Masasu était déjà prisonnier sans le savoir, car il passera la nuit au COM et dès le lendemain (31 octobre), vers 13h, il est conduit à la prison située à l’immeuble GLM, par le Lieutenant Yav. C’est là que Masasu apprendra que l’ordre de son interpellation/arrestation venait du Président LD Kabila lui-même. Qu’est-ce que Eddy Kapend avait dit au Président après sa rencontre avec Masasu? Masasu est mort sans jamais trouver de réponse à cette question », à en croire Benjamin Babunga.

« Quelques jours seulement après l’arrestation de Masasu, une rafle silencieuse va s’abattre sur la ville de Kinshasa. Plusieurs officiers du grand Kivu sont soupçonnés de vouloir renverser le régime de Kabila. Le Général Lwetcha, Chef d’Etat-Major Général des FAC à cette époque (lui aussi originaire du Kivu, comme Masasu), est interpellé par le Président LD Kabila lui–même sur la question. L’enquête tournerait autour d’une pseudo rencontre que Masasu aurait organisé avec des Kadogos (enfants soldats) à sa résidence de La Gombe. Il parait que durant son arrestation au GLM, des soldats défilaient pour témoigner à charge contre Masasu (sous menaces et tortures, d’autres avaient avoué qu’ils avaient participé à un complot) », révèle le chercheur.

« Selon certaines sources auxquelles sa famille avait eu accès, le 17 novembre 2000 va se tenir une réunion présidée par LD Kabila lui-même et où avaient pris part ses collaborateurs et ses frères les plus proches dont JK, Kifwa, Mwenze, Kakudji, Mukunto, Kapend, Alamba et Lwetcha, réunion au cours de laquelle le sort de Masasu sera scellé : il faut l’exécuter », soutient-il.

« Dès le lendemain (18 novembre 2000), Masasu et tous les prisonniers de GLM sont ligotés, puis embarqués dans un avion. Destination : Pweto. Un procès expéditif se tiendra dans la localité de Katonie (Cotonnière)… 13 des prisonniers seront condamnés à mort, puis exécutés la nuit-même, dont le Commandant Anselme Masasu », a conclu Benjamin Babunga Watuna.

Ghislain Boba

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